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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 10:20

 

 

33 Le temps se gâte 2010

 

 

 

« L'arbre est devant la maison, un géant dans la lumière d'automne. Vous êtes dans la maison, près de la fenêtre, vous lui tournez le dos. Vous ne vous retournez pas pour vérifier s'il est bien toujours là – on ne sait jamais avec ceux qu'on aime : vous négligez de les regarder un instant, et l'instant suivant ils ont disparu ou se sont assombris. Même les arbres ont leurs fugues, leurs humeurs infidèles. Mais celui-là, vous êtes sûr de lui, sûr de sa présence éclairante. Cet arbre est depuis peu de vos amis. Vous reconnaissez vos amis à ce qu'ils ne vous empêchent pas d'être seul, à ce qu'ils éclairent votre solitude sans l'interrompre. Oui, c'est à ça que vous reconnaissez l'amitié d'un homme, d'une femme ou d'un arbre comme celui-ci, gigantesque et discret.
Aussi discret que gigantesque. »

 

Christian Bobin, 1994, L'inespérée, Paris: Gallimard, p. 69

 


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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 18:17

 

 

 

 

« Comment est la terre, demande-t-elle, et elle attend la réponse ironique qu'elle est basse, bien trop basse.
Non, je deviens sérieux et je dis autre chose. Il y a deux sortes de terre, dis-je et je me tourne vers elle, assise près de moi. L'une à de l'eau en dessous, on fait un trou et elle affleure. C'est une terre facile.
L’autre dépend du ciel, elle n’a que cette source. Elle est maigre, voleuse, capable de prendre de l’eau au vent et à la nuit, et dès qu’elle en a un peu, elle dépense aussitôt en couleurs qui se figent dans la moelle des pierres, elle exalte les sucres des fruits et répand effrontément son parfum. C’est une terre de ciel sec, je la préfère. Cette sauge vient d’elle. » 

 

Erri De Luca, 1999, Trois Chevaux, Paris, Gallimard (Folio), p 36.

 

 

 

 


 


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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 09:15

 

 

« Il prit son temps car rien n’est éloquent comme les toilettes d’une maison. Leur bavardage est d’une totale indiscrétion sur l’esprit des lieux. La propreté bien sûr, ou plutôt la netteté, mais aussi la spontanéité dans le raffinement, le souci du détail, la préoccupation de l’inessentiel. Ou leur absence. Ou leur contraire. Mais ça ne devait sentir ni la préméditation ni la désinvolture. Une savonnette choisie tant pour sa teinte que pour son arôme une serviette aux motifs discrets posée sur le rebord du lavabo, un cendrier creusé dans une feuille de vigne en bronze, presque rien qui dit presque tout. Visualiser, décortiquer, analyser puis fragmenter pour mieux photographier mentalement, il ne pouvait s’en empêcher où qu’il fût, un scanner vissé dans la rétine, c’était plus fort que lui et tant pis si ses amis y moquaient une discipline de policier ou d’indicateur, comment leur faire admettre que lorsqu’on est sensible au mystère des gens on veut savoir. Surtout ne pas juger, mais pour comprendre. Le démon de la curiosité dans l’acceptation première du mot. » (c'est nous qui soulignons)


Pierre Assouline, 2003,État limite, Paris, Gallimard (Folio), p. 50

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 15:23

 

 

« Le nouveau jardinier était un garçon aux cheveux longs maintenus par un serre-tête. Il remontait maintenant l’allée, portant un arrosoir plein d’eau, tendant son bras libre pour en équilibrer le poids. Il arrosait les capucines, doucement, comme s’il versait du café crème : une tache sombre s’élargissait au pied des fleurs ; quand elle était suffisamment grande et molle, il relevait l’arrosoir et passait à une autre plante. Ce devait être un beau métier que celui de jardinier, car on pouvait tout faire avec calme. »


Italo Calvino, 1980, Le corbeau vient le dernier, Paris, Julliard, p. 7

 

 


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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 08:54

 

 

« Même pour son travail, il préférait le dessin à la photographie car ce n’est qu’ainsi que le paysage lui devenait compréhensible sous tous ces aspects ; à chaque fois il était surpris par la quantité de formes qui se révélaient ; même dans une étendue à première vue tout à fait monotone. De plus, une région ne lui devenait proche que lorsqu’il la dessinait ligne à ligne, de manière aussi fidèle que possible, dans les schématisations et omissions habituelles de sa discipline scientifique – alors, en toute bonne conscience,  il pouvait dire y être allé. »


Peter Handke, 1982, Lent retour, Paris, Gallimard, p. 43

 

 

 


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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 17:55

« Pour découvrir le paysage, pour mieux se rendre compte, le plus simple, c’est encore d’aller faire un tour au syndicat d’initiative. Là-bas, quand c’est ouvert, le premier samedi du mois, de dix heures à midi, on peut trouver un petit plan mal photocopié, un itinéraire pédestre qu’ils donnent pour rien en faisant la gueule. En deux petites heures, si on est bon marcheur, il y a une balade à faire qui part de derrière le parking du supermarché et descend à travers les friches jusqu’aux voies ferrées. C’est assez sauvage par là-bas, y a des haies tout le long, des fleurs jaunes et des chardons qui poussent à travers le ballast. Il faut longer les voies un bon moment. Avec un peu de chance, on peut voir passer un train de marchandises. Après deux ou trois ponts, on prend un chemin sur le côté qu’on emprunte jusqu’à la décharge. Là-bas, ça vaut le détour, c’est le grand restaurant des mouettes et des goélands qui viennent de loin pour goûter la cuisine locale. Et puis on poursuit par une petite route qui mène à la station d’épuration. C’est à voir aussi, au moins une fois dans sa vie, c’est assez impressionnant, ce grand bouillon. De là, on s’engage sur un sentier qui part à travers les ronces et les orties. Tout est balisé, on peut pas se tromper. On traverse des taillis au sol jonché de vieux bidons, de tessons de bouteilles et de détritus divers. C’est là-bas, d’ailleurs, que j’ai trouvé récemment un pot d’échappement en parfait état et un bidet à peine écaillé. Le chemin continue, ça grimpe un peu sur la fin, et on arrive au sommet d’une petite butte qui surplombe les alentours. On peut pique-niquer là, si on veut, profiter du panorama, des cheminées qui fument, des enfilades de pylônes jusqu’à l’horizon et des avions qui décollent des pistes tout près d’ici.

Pour le retour, il y a deux possibilités : soit rentrer en flânant par le même chemin, ou alors, pour les plus courageux, poursuivre encore et faire une boucle qui nous ramène au point de départ en passant du côté du grand poste de transformation.

Voilà, c’est une petite balade qui permet de se faire une idée. Et pourtant, je crois pas qu’il ait beaucoup servi l’itinéraire du syndicat d’initiative. Des touristes, on n’en voit jamais par ici, et les gens du coin en ont pas besoin. C’est leur promenade du dimanche, ils la connaissent pas cœur. »


Joël Egloff, 2005, L'étourdissement, Paris, Gallimard (Folio), p.11

 


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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 11:18

 

 

« Le thym était fleuri, rose pâle, presque blanc, musqué comme une gourgrandine. Cela faisait des tapis moelleux que l’on foulait aux pieds et, à chaque pas, montaient des bouffées qui vous donnaient un vertige ; près de la Roche-Saint-Martin qui domine le pays, sur l’herbe tondue pas les moutons, je m’asseyais pour regarder. »

 

Henri Vincenot, 1998 (1941), Du côté des Bordes,  Paris, Anne Carrière, p. 45

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  • : Le champ d’à côté dessine un espace de réflexion, de conseil et de projet en matière de paysages agricoles et ruraux. Son champ d’activité ? Le projet de paysage, l’enseignement et la recherche en paysage. Ses échelles de travail? Du jardin aux vastes étendues agricoles des paysages ruraux et péri-urbains Ses modes de travail? Une combinaison de méthodes: le parcours prolongé du terrain, l’exercice de représentation graphique, l’étude des pratiques sociales et des pratiques agricoles, l’enquête des perceptions paysagères et l’analyse diachronique des paysages. Entre travail de terrain et rencontre d’acteurs des paysages, entre analyses et partage de connaissances, entre dessin in-situ et propositions d’actions, entre recherche et projet, notre travail aborde ainsi le projet de paysages à travers champs.
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